Archives mensuelles : avril 2010

ESSAI DE PLAIDOYER POUR LA GRATUITE DE LA RESTAURATION SCOLAIRE

par Daniel MANGIONE, Syndicaliste, Parti de Gauche 21.

Avertissement :

Ce texte n’a aucune prétention scientifique, ni médicale, il s’appuie sur quelques données chiffrées issue de recherches sur Internet et les émissions du « Magazine de la santé » produites par la 5ème chaîne de télévision.

8 millions d’être humains vivent en dessous du seuil de pauvreté dans notre pays, auxquels nous pouvons ajouter tous ceux dont les revenus ne permettent pas d’accéder à une nourriture de qualité suffisante, satisfaisant aux critères minimums pour espérer vivre à peu près en bonne santé, pendant la durée de leur vie. Rappelons que l’espérance de vie est en moyenne de 8 à 10 ans inférieurs dans la classe ouvrière que dans les professions d’encadrement, intellectuelles et libérales.

Par contre, l’objectif peut prétendre à une ambition politique permettant de réfléchir et d’agir pour la construction d’une partie essentielle d’un projet d’une autre société en partant d’une préoccupation qui marque chaque pas de l’homme depuis ses origines à nos jours : Manger pour vivre ou survivre.

Comment dépasser et sortir du : «manger » quand on peut, ce qu’on peut, si on peut, qui date de bien avant le temps des cavernes ?

Comment construire le début de cette société qui peut permettre à tous les êtres humains quelles que soient leurs conditions sociales, leurs origines, d’avoir le DROIT DE MANGER (BIEN) comme le Droit de respirer de l’air (non pollué), le droit de boire de l’eau  (potable).

DROIT de MANGER

Pour construire ce DROIT, il est nécessaire de partir de l’existant ici en France, et de tracer les pistes qu’il faudrait suivre et énumérer autant que possible toutes les modifications politiques, économiques, sociales, culturelles, aptes à bousculer et transformer l’existant.

Essayons de pointer les étapes à franchir :

Permettre à tous les enfants quels que soient les revenus de leurs parents d’accéder gratuitement à la restauration scolaire (de la maternelle à l’université) sans obliger les uns à prouver qu’ils sont pauvres pour y avoir droit et en subir l’humiliation, ni les autres à avoir la prétention d’y avoir accès parce qu’ils sont moins pauvres ou plus riches.

Manger à l’école, doit être considéré aussi indispensable que le droit d’étudier grâce au système d’éducation nationale de la république.

A partir de là que pouvons-nous constater ?

Dans le système éducatif, un casse-tête parmi d’autres pour tous les gestionnaires d’établissements scolaires : comment récupérer les nombreux impayés des pensions et demi-pensions des familles en difficulté ?

Avec la gratuité, finies les procédures de contentieux, de démarches multiples qui demandent des heures de travail administratif, beaucoup de vexations pour les parents et les enfants vus comme des malfaiteurs. Gains de temps aussi, moins de démarches administratives fastidieuses pour calculer les quotients familiaux : qui payent et combien ?

Ce n’est pas grand chose en apparence mais ça peut permettre d’utiliser ce temps à d’autres tâches socialement utiles.

Objection de certains : « Oui mais ça serait aussi gratuit pour les riches ?? » ; Eh oui ! Car c’est avec les impôts des parents les plus riches que tous les enfants pourraient manger à leur faim, au moins tous les jours des 36 semaines de scolarité. Et répétons-le ça permettrait à ceux qui n’ont pas les moyens de payer, de ne pas être obligés de prouver sans arrêt qu’ils sont pauvres, pour être reçus comme tous les autres enfants à la table commune.

C’est une nouvelle logique sociale qui prévaudrait.

Combien ça coûte ?

Vraie question à laquelle on peut oser répondre : RIEN

Ca peut même rapporter gros à terme en éliminant en grande partie les causes des dépenses de santé. Mais regardons plus avant les conséquences pour la santé et les coûts pour la société de la pauvreté sociale et même culturelle, des millions d’individus amenés à détériorer leur santé pour se nourrir.

MANGER, oui, mais bien manger pour sa santé : Il n’est point besoin aujourd’hui grâce à l’avancée des connaissances médicales et scientifiques de faire de très longues démonstrations sur le rôle essentiel que joue la nature de l’alimentation des êtres humains sur leur santé, la qualité et la durée de leur vie. Point besoin non plus de rappeler avec trop de démonstration à l’appui combien les inégalités alimentaires dans le monde causées par un système qui n’a comme règle que la recherche du profit, pour lequel tout est marchandise et qui laisse mourir de faim 10 enfants chaque minute dans le monde.

Quand il est prouvé scientifiquement que c’est dès l’enfance et l’adolescence que se construit l’état de santé de l’adulte, pour beaucoup conditionné par la manière de s’être nourri dans la période de croissance.

Comment ne pas essayer de comprendre et prendre conscience que ce même système est responsable de la mort prématurée de millions d’être humains dans les sociétés dites développées, comme l’est notre pays la France. La profondeur de l’écart, entre les niveaux de vie et donc des capacités et des moyens en qualité à se nourrir, aboutit à ce que ce soit dans les classes populaires « les plus défavorisées » que l’espérance de vie est la plus courte. Que les maladies cardio-cérébro-vasculaires sont les plus fréquentes, dues pour l’essentiel (sans parler de tabagisme ou alcoolisme) à une alimentation de mauvaise qualité ; avec de véritables poisons à effets progressifs et souvent irréversibles que sont l’absorption massive de graisses saturées et ou insaturées trans1, de sucres rapides dès le plus jeune âge, pendant l’adolescence et après…

Sans prétendre développer un long discours sur les méfaits de cette alimentation, la plupart du temps imposé par les monopoles de l’agroalimentaire, s’adressant en masse aux populations modestes, essayons d’en approcher les causes.

Le résultat en matière de santé publique aboutit à une véritable hécatombe.

Un tiers des décès dans le monde et entre 150 à 180 000 en France sont d’origine cardio-vasculaire, 130 000 accidents vasculaires cérébraux, suivis par un décès sur 3 sont la cause de plus de 50 % de handicaps chez les adultes chaque année dans notre pays.

C’est l’équivalent d’un véritable génocide chaque année, avec un coût incalculable en souffrances humaines, en arrêts de travail, en perte d’efficacité économique, en coût par dizaines de milliards d’€uros pour la santé publique et la sécurité sociale.

C’est un paradoxe insupportable dans une société dite évoluée comme la notre, c’est parmi les 8 millions de pauvres, les chômeurs que s’abrège en plus leur espérance de vie, contraints de s’alimenter avec des produits véritables poisons pour leur santé, parce que les moins chers et les plus mis à leur disposition y compris dans les Restos du Cœur. D’un côté des milliers de bénévoles se « décarcassent » sans compter pour permettre à des millions d’êtres humains de manger et survivre tout en abrégeant par ailleurs inexorablement leur espoir de durée de vie en absorbant des aliments mauvais pour leur santé. Cela n’enlève rien au travail courageux de toutes celles et ceux  qui militent contre la faim, qui méritent le respect.

L’obésité fait des ravages dans les classes populaires, chômeurs, Rmistes, etc…. La mauvaise nourriture ajoutée à l’angoisse, le stress quotidien pour essayer d’y arriver et de faire vivre ses enfants le moins mal possible, contribuent à dégrader tout  autant le moral, le mental que l’équilibre biologique et physiologique dans les familles défavorisées.

Et pourtant, notre pays est riche, sa production agroalimentaire, agricole, maraîchère, animalière, est largement en capacité d’alimenter sa population avec des produits sains et de qualité, respectant les saisons, les traditions et les cultures culinaires.

APPRENDRE A MANGER.

Apprendre et pouvoir bien se nourrir, devient aussi vital à notre époque que savoir lire, écrire, compter… « Il est plus difficile de se remplir [la tête], quand on a le ventre vide ».

L’apprentissage à une alimentation saine et équilibrée doit être aussi dans le rôle de l’Education nationale. Pour cela la gratuité à la restauration scolaire comme première condition doit nécessairement s’accompagner par une éducation à la restauration saine et équilibrée indispensable pour la santé et la qualité de vie.

Pourquoi ne pas consacrer par exemple une heure de cours au minimum par semaine ? Dès l’école primaire, relier directement l’apprentissage de l’écriture, de la lecture, du calcul à partir des produits alimentaires composants les repas, suivi au cours des années d’un enseignement à la diététique et à la gastronomie (locale notamment).

Initier une démarche alimentaire de qualité pour la santé, biologique, écologique, de proximité.

Les structures et l’organisation de la restauration scolaire et universitaire permettent grâce à l’utilisation de groupements d’achats de fournir de A à Z tous les produits pour la cuisine. Cela peut permettre la mise en place d’une exigence de produits locaux ne nécessitant pas et ne faisant pas appel à des produits transportés sur des milliers de kilomètres. Privilégiant les légumes et fruits de cultures biologiques, produits locaux de même pour les viandes…

Les quantités nécessaires à acheter permettent de négocier des prix intéressants influents sur les coûts de revient des repas à partir d’un budget alimentaire financé publiquement (prix moyen de revient d’un repas complet dans un collège aujourd’hui = 1.76 €uros, réf./mars 2010)

Pris en charge directement par l’Etat. Au fur à mesure des économies des dépenses de santé réalisées grâce à cette alimentation saine et équilibrée, budgétisée en dépense au départ, les effets positifs sur la suite permettraient rapidement de constater un solde positif.

Aujourd’hui un chiffrage exact des économies de santé qui pourrait être réalisé est possible.

Cette gratuité pourrait être appelée à se développer par la suite dans toute la restauration collective, restaurants d’entreprises, des administrations, hôpitaux, maisons de retraite.. Pourquoi pas dans les quartiers, envisager des restaurants républicains (pour remplacer les Restos du cœur) ouverts à toute la population.

LA CULTURE ALIMENTAIRE DES L’ECOLE ne manquerait pas d’avoir des répercussions positives tout au long de la vie.

Le mot d’ordre pourrait être par exemple le suivant : bien manger de la maternelle jusqu’à la maison de retraite en évitant au maximum l’hôpital.

Aujourd’hui dans notre pays riche : si « plus personne  n’a le droit d’avoir froid et d’avoir faim… »

On peut et c’est possible faire autrement que d’obliger des millions d’être humains de prouver qu’ils sont pauvres pour espérer un peu de nourriture en faisant la queue dans les restos du cœur.

Permettre par la libération de la crainte permanente d’être privé du minimum vital, condition première pour aller à la prise de conscience politique et sociale.

Démontrer par le réel que la satisfaction des besoins humains passe aussi inexorablement par la protection de la nature, pour toujours mieux la transformer intelligemment et durablement au service de tous ceux qui ne peuvent vivre sans elle, c’est-à-dire tous les êtres vivants.

POUR CONCLURE ET RESUMER

  • Gratuité de la restauration scolaire pour permettre à tous les enfants de la maternelle à l’université de manger des repas équilibrés et avec des produits sains ;
  • Education pour bien se nourrir sans s’en rendre malade ;
  • Economiser des milliards sur les dépenses de santé et de sécurité sociale. Eviter d’énormes souffrances physiques humaines et morales ;
  • Développer l’agriculture de proximité, les cultures maraîchères et élevages biologiques.

En un mot, passer du discours écologique théorique éloigné des préoccupations quotidiennes vécues par tous ceux, très nombreux, hantés par la crainte de ne pas pouvoir nourrir leurs familles et la mettre à l’abri des besoins essentiels que la vie impose, à l’action concrète qui peut faire naître le changement par la prise de conscience du possible.

Mais là peut commencer pourquoi pas un autre plaidoyer ?

Celui pour une écologie, libérée…

Libérée de la source de nouveaux profits que le système capitaliste ne manque pas d’y trouver en la détournant de ses objectifs pour en faire une marchandise comme les autres.

Libérée du carriérisme politicien écolo-libéraux telle « Europe écologie » allant jusqu’à approuver la taxe carbone initiée par Rocard (PS) – Juppé (UMP) et bien d’autres leurres encore…

Nota bene: Ce texte sous forme d’essai ne demande bien sûr qu’à être source de critiques sur son contenu.

Son enrichissement est soumis à chacun-e- qui en sera destinataire. Si par la suite il peut mériter une publication plus large, il appartiendra en accord avec l’auteur, à toutes celles et ceux qui y contribueront de décider en commun, de la suite possible et souhaitable.

Y compris pourquoi pas en l’inscrivant en clair dans un programme de portée politique participant pour une autre société.

Ces objectifs ont déjà figuré en clair dans le programme de « l’Autre Gauche en Bourgogne » pour les élections régionales alliant à la fois : Revendications sociales et écologiques par la gratuité de la restauration scolaire et la gratuité des transports en commun.

Ce texte peut contribuer à ne pas en rester-là, le temps seulement d’une campagne électorale.

Le président Bolivien Evo Morales est à l’origine d’une initiative qui découle d’une horrible lucidité politique.

Les divergences des présidents sont trop importantes et semblent insurmontables en ce qui concerne la volonté politique d’assurer la survie de l’humanité et la préservation de notre planète.

Et il pense que les peuples sont plus sage que ceux qui les dirigent , d’où son initiative de lancer un référendum mondial pour une consultation des peuples de la terre. http://portalmre.rree.gov.bo/cumbre/Referendum.aspx

Vous pouvez vous douter que les présidents et les médias ne se sont pas fait le relais de cet homme et qu’il demeure isolé. A ce jour à peine 12000 signatures sur le site du président , peut-être est il opportun d’apporter notre pierre à l’édifice.

C’est pourquoi il vous est proposé de relayer cette initiative

Le but est d’inviter le plus possible de responsables politiques et associatifs locaux et de citoyens pour essayer de :

faire une déclaration de presse commune soutenant cette initiative

faire une distribution de tract sur toute la ville et de faire remplir le questionnaire du président bolivien.

faire passer dans toutes nos listes de diffusion un encouragement d’aller se prononcer sur le site du président bolivien

de solliciter la même démarche pour les groupes locaux, nationaux, voir internationaux ( pour les associations et partis qui dépendraient d’un réseau national ou international)

Vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien apporter à cette formidable opportunité de laisser les peuples décider de leur destin.

Les Amis de la terre Poitiers

Association Minga

Conseil nationale de la Résistance 86

Le Parti de gauche

La Vigie de Gauche

Relais de l’initiative de Evo Moralès

Marko Weinberger, ancien directeur de publication du magazine «Time» pour l’Europe, présente un appel signé par plus de 1500 juifs européens demandant à l’Etat hébreu de changer sa politique.

«J Call – European Jewish Call for Reason» est un appel à la raison lancé par un certain nombre de personnalités et des membres d’associations juives européennes. Les associations participantes sont en France: La Paix Maintenant, le cercle Medem, le Cercle Bernard Lazare et l’AJHL; en Belgique le CCL; en Suisse et en Italie le Cercle Martin Buber.

Cet appel sera solennellement proclamé le 3 mai prochain au Parlement européen à Bruxelles, en présence de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy, l’ancien ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi parmi nombre de personnalités du monde politique et culturel. Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération, est notamment signataire de cet appel.

Attendu par beaucoup d’entre nous depuis fort longtemps, cet appel de la diaspora juive est fondé sur quatre principes que voici:

  • L’avenir d’Israël passe nécessairement par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe «deux peuples, deux Etats». Nous le savons tous, il y a urgence. Bientôt, Israël sera confronté à une alternative désastreuse: soit devenir un Etat où les Juifs seront minoritaires dans leur propre pays; soit mettre en place un régime qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.
  • Il importe donc que l’Union européenne, comme les Etats-Unis, fassent pression sur les deux parties et les aide à parvenir à un règlement raisonnable et rapide du conflit israélo-palestinien. L’Europe, par son histoire, a des responsabilités dans cette région du monde.
  • Si la décision ultime appartient au peuple souverain d’Israël, la solidarité des Juifs de la Diaspora leur impose d’œuvrer pour que cette décision soit la bonne. L’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux, car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’Etat d’Israël.
  • Nous voulons créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous. Ce mouvement se veut au-dessus des clivages partisans. Il a pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un Etat palestinien souverain et viable. C’est dans cet esprit que nous appelons à signer et à faire signer cet appel.»
Source http://www.letemps.ch

Dominique Strauss-Kahn est un homme aimable et cultivé. Il s’est construit une image positive d’homme de gauche soucieux du bien être des plus démunis. Mais alors, comment est-il devenu directeur général du Fonds monétaire international, l’organisation internationale qui a institutionnalisé le pillage des pays du Sud ? Thierry Meyssan répond en révélant tout ce que la presse mainstream vous a caché depuis des années sur les relations de DSK avec les États-Unis.

La nomination triomphale de Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international (FMI), le 28 septembre 2007, a donné lieu à deux messages contradictoires. D’un côté la presse occidentale exalte la capacité du bloc atlantiste à imposer son candidat face à celui de la Russie, Josef Tosovsky ; d’autre part, elle affirme que la principale mission de M. Strauss-Kahn sera d’associer plus largement les pays du Sud aux décisions, c’est-à-dire de mettre fin à la domination du bloc atlantiste.

Avec chauvinisme, la presse française se félicite que des Français se trouvent aujourd’hui à la tête de quatre grandes organisations internationales. En effet, outre Dominique Strauss-Kahn au FMI, Pascal Lamy dirige l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), Jean Lemierre préside la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), et Jean-Claude Trichet la Banque centrale européenne (BCE). Mais doit-on mettre ces quatre institutions sur le même plan ? Et surtout, doit-on se réjouir d’une situation qui, loin de manifester la place de la France dans le monde, illustre l’intégration des élites françaises dans la mondialisation, c’est-à-dire leur acharnement à détruire leur pays, en tant qu’État-nation, un cadre politique qu’ils jugent dépassé ?

Le dernier exploit en date laisse songeur : le FMI est une des organisations internationales la plus critiquée dans le monde. Il a abondamment financé l’installation de dictatures dans les pays du Sud, notamment en Argentine, au Brésil, en Indonésie, au Nigéria, aux Philippines, en Thaïlande etc… En outre, ses exigences soudaines de remboursement immédiat de prêts ont contraints des États à sacrifier leur avenir en dévaluant et en fermant écoles et hôpitaux. Ses adversaires l’accusent donc d’avoir provoqué, par l’oppression et la famine, des centaines de millions de morts en un demi-siècle, c’est-à-dire bien plus que les agressions militaires des États-Unis durant la même période. De son côté, le FMI considère au contraire que ses politiques « d’ajustement structurel » loin d’avoir provoqué ces catastrophes y ont mis fin. Des « Prix Nobel » d’économie aussi divers que le néo-keynésien Joseph Stiglitz ou le libertarien Milton Friedman ont accusé le FMI d’être le grand organisateur des déséquilibres Nord-Sud. En effet, l’action principale du FMI aura été de financiariser l’économie mondiale, permettant ainsi aux spéculateurs du Nord de s’enrichir en exploitant le travail, plus encore que les ressources, des pays du Sud. S’il n’était la vénération que la société de consommation voue à ses banquiers, il y a longtemps que le FMI aurait été déclaré organisation criminelle. Pourtant, c’est bien cette institution que le socialiste Dominique Strauss-Kahn a ambitionné de diriger, et c’est bien M. Strauss-Kahn qui a obtenu le soutien appuyé des grands argentiers de la planète, pressés de toutes parts par les multinationales les moins scrupuleuses.

Si l’on laisse de côté l’intérêt personnel de Dominique Strauss-Kahn, qui devient ainsi le haut-fonctionnaire le mieux payé de Washington avec un salaire annuel de base de 461 510 dollars net d’impôts, l’on doit se poser la question de ses objectifs politiques. Pour y répondre, jettons un coup d’œil sur sa biographie et découvrons-y ce que la presse mainstream cache depuis des années : ses liens avec les principaux dirigeants de l’administration états-unienne.

Issu d’une famille aisée de gauche, « DSK » a été élevé au Maroc, puis à Monaco. Il reçoit une éducation juive —plus séfarade qu’ashkénaze—, à laquelle il accorde plus d’importance au plan culturel que religieux. Il est diplômé de Sciences-Po Paris, ancien élève d’HEC, licencié en droit et agrégé de sciences économiques. Il se destine à être avocat d’affaires.

Il entre en 1976 au Parti socialiste où il milite au Cères, le courant social-étatiste animé par Jean-Pierre Chevènement. Il ne tarde pas à s’en séparer pour se rapprocher de Lionel Jospin et Jean-Christophe Cambadélis, les deux meilleurs élèves français d’Irving Brown, l’agent de liaison de la CIA avec la gauche ouest-européenne. Jospin et Cambadelis sont issus d’un petit parti trotskiste (les « Lambertistes ») traditionnellement lié à la CIA. Avec une centaine de camarades, ils ont infiltré le PS et ont réussi à prendre les renes.

Il entre en 1986 à l’Assemblée nationale à la faveur du scrutin proportionnel alors brièvement mis en place. Il choisit de s’implanter, en 1988, dans une circonscription du Val-d’Oise, à Sarcelles, qui abrite une forte communauté juive. Il s’y fait élire en faisant jouer le réflexe identitaire. Il devient président de la Commission des finances de l’Assemblée, puis, en 1991, ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur auprès du ministre de l’Économie Pierre Bérégovoy. Tout oppose les deux hommes : « DSK » est un brillant dilettante vivant au milieu des grandes fortunes comme un poisson dans l’eau, tandis que « Béré » est un pénible tâcheron partagé entre ses idéaux ouvriers et son besoin de reconnaissance personnelle par le monde de la finance. « DSK » s’amuse de se dire socialiste tout en faisant le contraire, tandis que « Béré » a des états d’âme.

Alors qu’il est ministre délégué à l’Industrie, il a connaissance des problèmes rencontrés par son ami Jean Peyrelevade à la tête du Crédit Lyonnais. Il intervient personnellement pour favoriser diverses opérations hasardeuses réalisées en faveur de son ami Franck Ullman-Hamon. Cet homme d’affaires est connu pour avoir par ailleurs réalisé diverses interventions en Amérique latine pour le compte d’Israël et pour être actionnaire-fondateur du magazine Marianne de Jean-François Kahn. Les montages de M. Ullman-Hamon avec les filiales du Crédit lyonnais coûteront plusieurs dizaines de millions de francs au contribuable français.

À la même époque, Dominique Strauss-Kahn épouse à la synagogue —en troisièmes noces— une star d’une rare beauté, Anne Sinclair, la journaliste préférée des Français. Le couple choisit de tenir la presse à l’écart de la cérémonie, mais de donner de l’éclat à la fête au sein de la communauté juive, où ils s’affirment comme des personnalités brillantes. Leurs deux témoins de mariage sont le professeur de philosophie Élisabeth Badinter (héritière du Groupe Publicis et épouse du Garde des Sceaux Robert Badinter) et la journaliste Rachel Assouline (épouse du patron de presse Jean-François Kahn).

En 1987, il se démarque de François Mitterrand, il conduit une délégation du Parti socialiste en Israël et se rend à la mairie de Jérusalem qu’il considère comme capitale de l’État hébreu. En 1991, il participe à un voyage de solidarité en Israël, organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) en pleine Guerre du Golfe.

En 1994, usant de sa qualité d’ancien ministre de l’Industrie, il créé le Cercle de l’Industrie auquel il parvient à faire adhérer en six mois 48 des 50 plus grands patrons français. La moitié d’entre eux au moins payent une cotisation annuelle de 200 000 F pour que leurs intérêts soient défendus à Bruxelles. Il laisse la présidence de cette association patronale à Raymond Lévy (ex-Pdg de Renault) et en assure la vice-présidence. Incidemment, le même Raymond Lévy sera nommé à la tête du Consortium de réalisation, chargé de liquider les placements pourris du Crédit Lyonnais et, au passage, d’étouffer les affaires Ullman-Hamon.

Simultanément, DSK devient consultant auprès des mêmes patrons ou avocat d’affaires et établi son bureau dans les locaux du Cercle. La Cogema, la Sofres et EDF, entre autres, lui versent des émoluments exorbitants pour quelques conseils ou un mot transmis à un grand de ce monde. Cette activité peu contraignante lui assure des revenus de plus de 2 000 000 F par an.

Par la suite, il donne des cours à l’université, à Stanford et Casablanca, sans compter des conférences ici et là, toujours royalement payées.

Précisément, aux États-Unis Stanford est le bastion des Républicains. C’est là qu’ils ont leur propre centre de recherches, la Hoover Institution. À l’époque, le prévôt de Stanford —c’est-à-dire la personne qui négocie l’engagement de Dominique Strauss-Kahn— n’est autre que Condoleezza Rice. Sur place, Dominique Strauss-Kahn fait la connaissance de George P. Schultz et des universitaires qui formeront le vivier de l’administration Bush.

En 1995, il rédige la partie économique du programme électoral de Lionel Jospin, candidat à la présidence de la République, Propositions pour la France. Il défend alors le principe de la « taxe Tobin » sur les transactions en devises, dont il affirmera plus tard qu’elle est impraticable.

Député de Sarcelles, il en est aussi brièvement le maire, avant d’en confier les clefs à son fidèle François Pupponi. Le temps de « jumeler la plus juive des communes françaises avec la plus française des communes d’Israël », Netanya.

De 1997 à 1999, il est ministre de l’Économie et des Finances. Il pilote le passage à l’euro et la privatisation de France-Télécom. Surtout, il fait entrer la France dans le processus de financiarisation de l’économie en multipliant les mesures démagogiques sectorielles. L’adoption de la semaine de 35 heures diminue considérablement le nombre d’heures travaillées ; tandis que l’exonération de charges sociales sur les stock-options déplace les revenus des cadres du travail vers la finance. Il résulte de cette politique que le début de décroissance de la production française est compensée, au plan statistique, par un développement des profits financiers. Cependant, en fin de compte, le pouvoir d’achat des classes moyennes s’effrite sensiblement.

Dominique Strauss-Kahn fréquente les cercles les plus prestigieux du pouvoir. Dès 1993, on le voit au Forum de Davos. Anne Sinclair l’introduit au Siècle, l’association la plus mondaine de Paris. Puis, Antoine et Simone Veil le font entrer au Club Vauban. En 2000, l’OTAN l’invite au Club de Bilderberg où il retrouve Pascal Lamy et Jean-Claude Trichet qui occupent avec lui aujourd’hui de prestigieux fauteuils dans les institutions internationales.

Dominique Strauss-Kahn est piégé par son perpétuel mélange des genres entre engagement politique et lobbying rémunéré. Il fait l’objet d’une mise en examen dans une affaire concernant la principale mutuelle étudiante, la MNEF, puis dans une autre relative à la caisse noire de la compagnie pétrolière nationale Elf. Les magistrats estimeront en définitive que ses activités étaient licites, à défaut d’être morales.

Cependant les instructions pénales et une commission d’enquête parlementaire mettront en évidence ses méthodes peu orthodoxes. Lionel Jospin, lorsqu’il était ministre de l’Éducation, avait modifié par décret le taux des remboursements effectués à la MNEF par la Sécurité sociale, transformant la Mutuelle en véritable pompe à finances pour le compte du PS. Puis, il avait étendu les activités de la MNEF dans les campus toujours pour détourner plus d’argent. Dominique Strauss-Kahn lui-même recevait des émoluments considérables pour des prestations imaginaires. Plus tard, il avait fait prendre en charge le salaire de sa secrétaire au Cercle de l’Industrie (ou à son cabinet, il n’est guère possible de différencier) par le groupe Elf.

Derrière des manières policées, un goût prononcé pour la bonne chère et les belles femmes, Dominique Strauss-Kahn est un tueur : lorsqu’apparaît, à titre posthume, l’enregistrement vidéo du promoteur immobilier Jean-Claude Méry mettant en cause Jacques Chirac, on ne tarde pas à découvrir qu’il est un des organisateurs de ce mauvais coup.

Ses démêlés avec la Justice l’écarteront un temps de la scène politique. Pendant sa traversée du désert, son épouse, Anne Sinclair, fera preuve de sang-froid et de dignité, plaidant auprès du public en sa faveur par sa seule attitude.

Opérant son grand retour, en 2001, après avoir bénéficié de non-lieux, il prend en mains le développement de la Fondation Jean-Jaurès, le partenaire de la National Endowment for Democracy (NED) pour la gauche française. La chose est d’autant plus aisée que, depuis Stanford, il connaît la nouvelle conseillère nationale de sécurité des États-Unis Condoleezza Rice, et que c’est la sœur adoptive de celle-ci, Mardeleine Albright qui dirige le National Democratic Institute (NDI), organisme tampon de la NED chargé d’acheminer les subsides du département d’État US dans les caisses du Parti socialiste français.

En 2003, le German Marshall Fund of the United States, une des principales officines atlantistes, crée un Forum sur le commerce et la pauvreté. DSK devient l’un des six administrateurs, rémunéré comme toujours. Il y écrit, ou tout au moins signe, divers rapports en faveur du libre-échange absolu.

La même année, il contraint un expert du Parti socialiste, Pascal Boniface, à démissionner. Ce spécialiste en relations internationales a eu le toupet de souligner que le soutien aveugle du parti à Israël est idéologiquement incohérent et électoralement contre-productif alors que le PS doit ambitionner de réunir derrière lui les six millions de Français de culture arabe.

En outre, Dominique Strauss-Kahn pilote la création du Cercle Léon Blum, au sein du PS, dont l’objectif est de veiller au soutien du parti au mouvement sioniste.

En 2004, il déclare lors d’une interview sur France-Inter : « Je considère que tout juif de la diaspora et de France doit apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël. »

En 2005, il lance les clubs « À gauche en Europe » (AG2E) en faveur du « oui » au référendum d’approbation du projet de Traité constitutionnel européen. Il travaille alors en lien avec le Policy Network (Grande-Bretagne) et la Fondation Friedrich-Ebert (Allemagne). Mais les Français votent « non ».

En 2007, alors que l’écrivain Claude Ribbe ouvre un débat sur les conséquences sociales actuelles de l’esclavage et de la colonisation, DSK participe activement à la création du Conseil représentatif des noirs de France (CRAN), une organisation qui bénéficie de conseils techniques de spécialistes israéliens et reproduit le modèle du Conseil représentatif des juifs de France (CRIF). À défaut de trouver un écho parmi les noirs de France, cette initiative sera une réussite médiatique, comme l’avait été quelques années plus tôt la création de SOS Racisme pour stopper la structuration des beurs.

Lorsque s’ouvre la compétition au Parti socialiste pour désigner le candidat à l’élection présidentielle de 2007, Dominique Strauss-Kahn apparaît à la fois comme le candidat le mieux placé face à son rival déclaré, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, et comme le candidat officiel des États-Unis pour la gauche française.

Ainsi, il donne un entretien à la revue néo-conservatrice Le Meilleur des mondes, dans lequel il brocarde la politique arabe de la France et plaide pour un rapprochement avec Washington et Tel-Aviv.

Tout semble réglé à l’avance. Les cotisations d’adhésion au Parti socialiste ont été réduites à un montant négligeable de sorte que les quelques milliers de membres de parti lambertiste ont pu acquérir des cartes, juste pour participer au vote de désignation interne du candidat. La manœuvre a été organisée par le lieutenant de DSK, Jean-Christophe Cambadelis, lui-même ancien dirigeant de ce parti et que nous avons déjà présenté à propos de ses relations avec la CIA.

Pourtant, contre toute attente, c’est un outsider, Ségolène Royal, qui est désigné. C’est qu’à Washington on a un autre projet : placer Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Pour cela, il convient d’installer face à lui un concurrent peu crédible. En échange de son retrait silencieux, DSK sera largement récompensé par la direction générale du FMI.

Peu après son accession à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy présente la candidature de DSK à Washington, et Condoleezza Rice lui apporte son soutien. Tout en participant à la création de l’European Council on Foreign Relations (E-CFR), il sillonne le monde, officiellement pour convaincre les États du Sud de soutenir également sa candidature. En réalité, leur vote importe peu, puisque les USA et l’Union européenne ont à eux seuls 48 % des voix. La campagne de DSK est payée par la France et organisée par l’agence de relations publiques TD International. Ce que le cabinet de M. Strauss-Kahn minimisera en prétendant ne travailler qu’avec la correspondante française de l’agence. TD International « vendra » à la presse la légende d’un DSK désœuvré, téléphonant au Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker lors d’un colloque à Yalta, lequel lui aurait suggéré d’ambitionner le FMI. En réalité, Dominique Strauss-Kahn et Christine Ockrent participaient au Yalta European Seminar, moyennant un défraiement de 7 000 euros chacun indirectement versés par George Soros. Ce colloque avait pour but de soutenir la « révolution orange » et l’arrimage de l’Ukraine à l’OTAN. Or, TD International est une officine de la CIA, notamment chargée de la construction de l’image publique de la « révolution orange ». Elle est dirigée par William A. Green III, un célèbre agent qui n’était ni plus ni moins que le chef de poste du stay-behind en France et qui fut expulsé en 1995 pour des motifs d’une extrême gravité qui ne furent jamais dévoilés au public.

Hugo Chavez, le président de la République bolivarienne du Vénézuela, quant à lui, n’a pas été convaincu par le show de Dominique Strauss-Kahn. Il a confirmé le retrait de son pays du FMI « avant qu’ils ne nous pillent » et invité tous les États du Sud qui le peuvent à faire de même.

Thierry Meyssan
Analyste politique français
Président-fondateur du Réseau Voltaire

Source http://www.voltairenet.org