Santé – sécu

Entretien avec le Dominique Belpomme, professeur de cancérologie, qui s’est penché sur l’électro-sensibilité.

Dominique Belpomme est professeur de cancérologie Université Paris-Descartes et président de l’ARTAC, Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse.

Pourquoi un cancérologue s’intéresse-t-il aux problèmes de l’électro-sensibilité et aux champs électro-magnétiques ?

Parce qu’il y a un lien prouvé entre champs électro-magnétiques, cancers et leucémies. C’est après des premiers travaux pionniers que nous avons effectués avec des collègues suédois que nous nous sommes aperçus qu’il y a aussi un lien important avec les maladies neuro-dégénératives, et notamment la maladie d’Alzheimer. Le risque de maladie d’Alzheimer, qui peut survenir chez des sujets jeunes, dès l’âge de 45 ans, est d’ailleurs beaucoup plus important que le risque de cancer.

Cela touche beaucoup de monde ?

Depuis l’an dernier, je fais deux consultations hebdomadaires de médecine environnementale et vois entre 10 et 20 nouveaux malades par semaine. Et il y a de plus en plus de parents qui viennent me voir pour leurs enfants qui ont des maux de tête, des troubles de la mémoire, de la concentration ou du langage, avec des problèmes de dyslexie.

C’est un enjeu majeur de santé publique. Il y a en effet toute une pathologie neuro-dégénérative probablement liée à l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique par les ondes électro-magnétiques et/ou les produits chimiques. Ces troubles peuvent être mineurs, comme des maux de têtes, ou beaucoup plus graves comme un début de maladie d’Alzheimer.

Que faites vous pour vos patients ?

En nous basant sur une série de plus de 400 malades venus me consulter, nous avons pu mettre au point un test de diagnostic, qui repose essentiellement sur un échodoppler cérébral pulsé et sur des tests sanguins. Ceux-ci permettent de mettre en évidence une augmentation de certaines protéines de stress, qui traduisent, l’existence d’une souffrance cérébrale.

Il s’agit de vrais malades. Je peux donc certifier qu’ils souffrent d’un syndrome d’intolérance aux champs électro-magnétiques (SICEM). Par ailleurs, nous avons mis au point un traitement qui permet de faire régresser les symptômes,

En quoi cela consiste-t-il ?

La base du traitement repose sur trois éléments. D’abord fermer la barrière électro-encéphalique. Nous utilisons pour cela un ou plusieurs antagonistes des récepteurs à l’histamine. Ensuite, stimuler la régénération des astrocytes (les cellules cérébrales) qui ont été détruites par les champs électromagnétiques,. Nous administrons pour cela des tonifiants du système nerveux. Enfin, nous initions une étude testant l’effet des anti-oxydants.

Nous obtenons des résultats intéressants, mais cela ne permet pas d’éviter une rechute potentielle. D’où la nécessité d’ adjoindre à ce traitement des mesures de protection vis-à-vis des champs électro-magnétiques. Cela implique la création de zones blanches, notamment dans les établissements publics et dans les transports en commun. Il faut faire comme pour le tabagisme : interdire le wifi dans certaines zones, comme les bibliothèques. Il faut également interdire l’installation d’antennes-relais près des crèches et des écoles. Il y a des mesures de protection urgentes à prendre, mais qui ne sont malheureusement pas encore appliquées.

Comment réagissent les pouvoirs publics ?

Les mesures concrètes ne sont pas encore au rendez-vous. Mais je ne désespère pas que le ministère de la Santé prenne le taureau par les cornes. De toute façon, il y sera obligé étant donné le nombre croissant de nos concitoyens qui se plaignent des champs électromagnétiques. Le plus tôt évidemment sera le mieux. Mon discours va, il est vrai, à l’encontre les intérêts financiers et économiques, mais on ne peut supprimer les malades pour faire plaisir aux autorités publiques et politiques du pays..

C’est au nom du serment d’Hippocrate que je monte au créneau, car il existe un enjeu majeur de santé publique. Des études montrent que 10 à 50% de la population pourrait être atteinte par une intolérance aux champs électro-magnétiques dans les 25 à 50 ans qui viennent. Il faudra un jour payer la facture si nous ne prenons pas les mesures de précaution et de prévention qui s’imposent dès maintenant.

Vos alertes trouvent-elles un écho dans le corps médical ?

Il y a beaucoup de médecins qui ne connaissent pas encore cette pathologie.et donc qui dénient l’évidence. Mais un nombre croissant comprend qu’il se passe quelque chose, et m’adresse des malades. C’est sur eux qu’il faut s’appuyer et c’est pour cela que j’organise, en avril 2011, le 3e colloque de l’appel de Paris à la maison de l’Unesco, qui sera suivi d’un cours intensif pour former les professionnels aux pathologies environnementales.

L’ARTAC a besoin de vos dons : www.artac.info

Vive la science ! La (mal)bouffe des fast-foods fait monter le cholestérol. Qu’à cela ne tienne, des chercheurs britanniques proposent d’y saupoudrer quelques doses de statines, ces médicaments qui limitent le développement de la mauvaise graisse.

Votre hamburger est servi. Bien chaud, fumant, dégoulinant. Ne vous reste plus qu’à déguster cette graille ragoûteuse. Avant de vous asseoir, vous passez au distributeur de ketchup. Et là, surprise : entre le sel et le poivre, on vous propose votre dose de statines, substances actives de médicaments anti-cholestérol. Du pur délire ? Non, c’est la proposition très sérieuse d’une équipe de chercheurs en cardiologie de l’Impérial College de Londres, rapportée par le Guardian et publiée cette semaine dans l’American Journal of Cardiology. Excusez du peu.

Plus besoin d’ordonnance, le ticket de caisse fera foi. On imagine déjà le serveur vous demander la liste de médicaments que vous avez ingurgité récemment, avant de vous délivrer votre dose… Forcément, il vous faudra aussi lire l’interminable liste d’effets secondaires, cela prendra assez de temps pour que votre tambouille refroidisse. Mais c’est un détail.

Il faut dire que le prix de revient d’un sachet de cette potion magique nouvelle formule est quasiment identique à celui d’un sachet de ketchup. On aurait tort de se priver. Et on pourrait aussi mélanger des pilules anticancéreuses au tabac de nos clopes ? Ou directement diffuser des médicaments préventifs dans l’eau du robinet… Euh… ça existe déjà ? Oups…

Un colloque s’est récemment tenu à Paris et les conclusions sont formelles : des médicaments sont bien présents dans l’eau du robinet, à l’état de traces, et on ne sait strictement rien de leurs effets. Plus besoin de se déplacer à la pharmacie du coin… ce sont les médicaments qui viennent à nous. On n’arrête pas le progrès !

Polluants et médicaments dans l’eau du robinet

Une étude de septembre 2008 a déjà montré que des résidus d’antibiotiques, antidépresseurs, anticancéreux, et de nombreux autres médicaments sont retrouvés dans les cours d’eau. Hélène Buzinski, chercheuse au CNRS et à l’université de Bordeaux, une des premières à s’être intéressée au problème en 2002, avouait même avoir trouvé des traces « d’héroïne et de cocaïne ». Les stations d’épuration ne sont en effet pas conçues pour éliminer ce genre de toxines. Ce n’est donc pas une surprise qu’on les retrouve dans l’eau de consommation, mais ce n’était pas encore acté par la communauté scientifique.

La réponse est dans la question

Le 1er octobre 2008, à Paris, s’est tenu un colloque intitulé « Résidus de médicaments dans l’eau : des molécules à surveiller ? des risques à évaluer ? ». A la demande de la Direction générale de la santé (DGS), de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) notamment, ce colloque a permis de faire le point sur le sujet. Et… la réponse est dans la question ! Décryptage du rapport publié à l’issue de ce colloque…

Aucune réglementation, ni européenne ni française, ne prévoit de surveiller les taux des substances pharmaceutiques dans l’eau du robinet, pas plus que dans l’eau des rivières. Seule la directive européenne 2001/83/EC règlemente l’évaluation des risques environnementaux lors de l’étude des dossiers d’autorisation de mise sur le marché des médicaments. Pas vraiment efficace.

Des médicaments à l’état de traces

Deux études ont montré la présence de médicaments dans les eaux rejetées par les stations d’épuration, à des niveaux pouvant dépasser les valeurs guides européennes bien que très faibles. Mais une troisième pose le problème de la présence des substances toxiques dans l’eau du robinet. À la demande de la DGS, une série de campagnes de mesures dans les eaux potables a été réalisée entre 2006 et 2007. 76 substances ont été recherchées sur 141 sites. Les résultats confirment ceux observés à l’étranger : « une vingtaine de substances a été retrouvée dans les eaux potables au moins une fois à des concentrations variant de quelques nanogrammes à quelques centaines de nanogrammes par litre ».

Les conclusions insistent sur le fait que les méthodes de détection de ces molécules ne sont pas stabilisées et varient d’un laboratoire à l’autre. De plus, les mesures de résidus, si elles sont intéressantes, ne prouvent rien quant à la nocivité des produits. Il conviendrait donc, selon les conclusions du colloque, d’améliorer notre connaissance des effets de ces molécules, à faibles doses, sur la santé humaine et sur l’environnement. Un certain nombre de projets (Médiflux notamment) sont déjà lancés, qui permettront peut-être d’en savoir plus à l’avenir.

Archimède ?

Mais finalement, comme le précise Jean Duchemin, de l’Agence de l’eau Seine Normandie, il ne faudrait pas oublier que nous savons aujourd’hui de façon certaine que des produits largement diffusés dans le milieu naturel sont néfastes pour la santé. Phtalates, bisphénol A, L.A.S., alkylphénols, PCB, désinfectants et conservateurs, nanoparticules, pesticides… « Décidément, dans l’iceberg des risques chimiques, la partie immergée, hors des sunlights médiatiques, est bien plus conséquente que l’autre, respectant en cela le bon vieux principe d’Archimède », conclut-il.

Faudra-t-il à l’avenir demander le remboursement des factures d’eau à la Sécurité Sociale ? A suivre…

Source http://www.lesmotsontunsens.com